30/04/2009

Discussion Privée - Analyse de Christian Van Moer

Couverture noire… L’ordinateur portable qui ouvre et referme le recueil de Céline Marseaut-Hernould laisse son message dans l’ombre, et le regard en coin de l’auteur à son lecteur semble dire : " Et maintenant, fais de beaux rêves…"

Douze nouvelles, fantastiques pour la plupart, toujours sombres. Un éclairage pourtant, mais peu rassurant : celui de la pleine lune !

SYNOPSIS :

1. L’enfant.
« … la lune était pleine dans le ciel sombre et étoilé. »
Où un loup-garou de six ans dépèce ses parents. Ça commence fort.
2. A bout.
« … dans le noir, pour une longue agonie. »
Où des parents exaspérés emmurent vivante leur insupportable fille de seize ans. ( Certains n’auraient pas hésité à leur prêter main-forte avec leur truelle, ai-je lu quelque part !... )
3. Une femme jalouse (1).
« … Il passe plus de temps avec elle qu’avec moi et ça me ronge les sangs. »
Où, ivre de jalousie, une jeune femme ne songe plus qu’à occire son clone devenu sa rivale.
4. Braquage.
« … dans moins de deux heures, vous serez morts, vous, vos deux amis et les otages. »
Où un nouveau lycanthrope termine sans discernement le massacre initié par le chef des braqueurs d’un supermarché.
5. La diligence.
« … La lune faisait briller l’or de la diligence… Les roues étaient serties de diamants étincelants. »
Où un adolescent chétif parvient à s’extraire in extremis d’un convoi de la Mort.
6. Le dernier arbre.
« … Au-dessus des murs, il pouvait apercevoir les sommets de la ville qui n’avait fait que grandir, gardant le soleil pour elle seule. »
Où, révoltée par l’acharnement thérapeutique, une fillette compatissante pratique l’euthanasie.
7. Une femme jalouse (2).
« … Ceux ou celles qui prétendront ne pas être jaloux ou ne l’avoir jamais été seront les plus grands menteurs que le monde ait connus. »
Où une jeune femme offre une peau de chagrin diabolique à son mari volage.
8. L’homme qui buvait trop.
« … Elle entendait maintenant un souffle rauque se rapprocher de plus en plus. »
Où le loup-garou meurtrier ( un de plus ), dans son avatar humain est un sinistre poivrot.
9. Prisonnière informatique.
« … Je glisse !!... un clic… J’ai l’impression de ne plus être au même endroit. »
Où une souris optique ( Céline ? ) attend qu’on lui ouvre le portail de sa prison virtuelle.
10. Discussion privée.
« … Moi, je veux devenir vieille, rester brune avant d’avoir des cheveux gris, garder la couleur de mes yeux et je veux avoir des rides aussi, une poitrine qui retombe et le dos courbé par le poids de l’âge.»
Où le chat entre deux internautes nous laisse entrevoir le sombre futur de l’humanité.
11. Maudite famille.
« … La lune resplendissait et se reflétait sur le visage ridé du père accablé. »
Où un jeune loup-garou ( le dernier ) de dix-huit ans est tué par son père.
12. Le camping.
« … Ta mère a déboursé l’équivalent de six mois d’économies pour nous offrir ces « merveilleuses » vacances et il est hors de question de partir. Nous resterons une semaine complète même si cette poussière doit nous tuer… »
Ou les vacances d’une famille chez les morts-vivants.

THÈMES : LA SAUVAGERIE ET L’HORREUR.
- Les loups-garous dépècent, déchiquettent leurs victimes, mais sans être maîtres de leurs agissements. Dès qu’ils ont conscience de la malédiction qui les dénature, ils font tout ce qu’ils peuvent pour la combattre.
- Les zombies ne lâchent pas facilement leurs proies, sauf quand parmi elles, un vieillard reconnaît son petit-fils.
- Les parents monstrueux ne se satisfont pas de la mort de leur enfant terrible : c’est un châtiment sadique qu’ils lui infligent.
- Les épouses rongées par la jalousie jouent aux apprenties sorcières pour rogner les ailes de leur mari.
- Deux meurtres cependant sont commis par amour : ceux d’un arbre et d’un enfant lycanthrope.

CADRE.
- Le décor : Le plus souvent, c’est le décor banal de nos cités, centres de toiles autoroutières où l’on se fourvoie facilement. Il ne fait pas bon dévier de son itinéraire pourtant : en dehors de l’asphalte familier, la nature redevient hostile à l’homme.
- L’époque : Hier, un peu ; aujourd’hui, surtout ; demain, aussi.

COUPS DE CŒUR.
J’ai aimé chaque nouvelle de ce recueil, mais j’épingle Le dernier arbre, Discussion privée et Le camping.
- Le camping :
Une famille qui choisit d’aller camper sur le site délabré d’un ancien cimetière gardé par des zombies, ce n’est pas banal.
Un père dont l’absurde entêtement contraint sa famille écœurée à séjourner dans une gadoue pestilentielle, au bord d’une eau croupie, nauséabonde, parmi les vers qui grouillent et les cafards qui pullulent, c’est carrément dément.
Une mère qui rassemble vaillamment ses forces pour arracher ses enfants à ce cloaque immonde qu’est le seuil de l’au-delà, c’est réconfortant. Et c’est donc malgré tout sur une lueur d’espérance que se referme le recueil de Céline.
- Le dernier arbre et Discussion privée :
J’ai particulièrement goûté ces deux textes pour la prémonition du futur qui nous pend au nez si nous n’y prenons pas garde ; pour, au-delà de la parabole, la réflexion que l’auteur nous impose.
Dans Le dernier arbre, la ville tentaculaire a irrémédiablement détruit la nature.
Dans Discussion privée, le chat entre les deux internautes nous dévoile un monde normalisé, uniformisé, aseptisé où les individus sont sous surveillance perpétuelle et les rebelles au remodelage obligatoire – tant du corps que du cerveau – mis au pas ; un monde insipide et tranquille comme une mer étale. Et nul besoin d’être grand clerc pour imaginer tous ces moutons lobotomisés gardés par des chiens dressés par quelques bergers illuminés.

L’ÉCRITURE.
Céline Marsaut-Hernould écrit en bon français, et elle écrit bien. Son écriture sans fioritures est solide et plaisante. Sa phrase est aisée, limpide, vive. Pas de discours pompeux, de descriptions ni de digressions oiseuses, de jugements édifiants qui alourdiraient ou ralentiraient le récit. Préférant suggérer que décrire, sa plume trace l’essentiel sans déraper.
Comme on ne descend pas d’une rame de métro entre deux stations, on lit chaque nouvelle d’une traite, entraîné par le délire de l’auteur dans des aventures sans temps mort.

Bravo, Céline ! Pour les amateurs du genre, tes monstres sèment des cadavres exquis.

Un seul regret : la couverture. N’étant pas nyctalope, pour moi, le texte de la 4ème ne se détache pas suffisamment du fond ; et j’aurais aimé voir le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre imprimés au dos du livre.

                                                                                                                         Christian Van Moer

 

17:15 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/10/2008

A croc - commentaire

Baudouin Boutique commente "A croc" sur son site : http://www.bandbsa.be/contes.htm

C’est un bel objet ! Une couverture qui accroche avec un titre choc, la photo d’un visage énigmatique, plongé dans l’ombre, avec un filet de sang aux commissures des lèvres, et une phrase assassine qui nous promet le pire. Je cite : « Ils peuvent être un voisin, un parent, un mari ou un inconnu séduisant. La seule issue : fuir ! »

C’est un bon début, même si je regrette un peu que le logo de Chloe des Lys n’apparaisse pas sur cette couverture. Ceci dit, on ne peut pas parler vraiment d’un livre, mais plutôt d’un opuscule, qui comprend une cinquantaine de pages, avec six nouvelles dont on devine qu’elles vont se dérouler dans le monde délicieusement effrayant des vampires.

En quelques lignes, Céline Marseaut nous transporte rapidement d’une situation banale de la vie de tous les jours (quelqu’un qui se lève, le matin… un couple allongé sur une plage…) vers une intrigue qui débouche, on s’en doute dans la panique et l’horreur. Pour notre plus grand frisson de plaisir. Ca va très vite. Une page pour décrire la scène, une autre pour définir le personnage et déjà, la machine s’emballe… On n’a pas le temps de s’embêter.

Un exemple, comme ça, pour la route…

Un jeune étudiant lit tranquillement dans son lit à la tombée du jour, puis s’aperçoit avec étonnement qu’il lit toujours clairement, alors que la pénombre a envahi la pièce. Il est devenu nyctalope… puis survient une rage de dent, terrible. Il fonce dans la salle de bain ou le miroir lui renvoie l’image d’un rictus où pointe deux longues canines… le tout en cinq pages !

Le style ? La langue ? Bon, comme tout ce qui passe le cap du comité de lecture chez Chloe des Lys. Des phrases courtes, incisives, précises qui s’enchaînent comme un scénario de film.

Voila, vous savez tout. Assez en tous les cas pour savoir si vous avez envie de commander ‘A croc’ et le lire.

18:27 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/07/2008

mondedulivre.com

monde du livre
La critique de Discussion Privée par mondedulivre.com

 

Discussion privée

Un recueil de douze nouvelles. Douze histoires simples pour ne pas dire banales qui sombrent dans la terreur et l'épouvante. Tel est le fil conducteur de «Discussion privée». Je ne lis pas ce type d’ouvrage et pourtant je l’ai apprécié. Pourquoi? Parce qu’il est rapide, d’un style efficace, les histoires se succèdent, sont différentes et ne déçoivent pas.

En bref, se crée au fil des pages une atmosphère envoûtante qui défie la raison.

Un ouvrage qui se lit rapidement et qui accrochera un large public même si comme moi, il apprécie le rationnel, parce que le but premier de tout roman est atteint : distraire et procurer un moment agréable.

Mention spéciale à trois nouvelles: «le dernier arbre» ( terreur écologique), «discussion privée», «camping» (épouvante et malaise garanties).

 

Gilles Hourdain

Discussion privée
de Céline Marseaut-Hernould
éditions Chloé des Lys, 2007
ISBN 978-2-87459-271-3, 164 pages, 16,60€
rejoindre le stand des éditions Chloé des Lys
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09:42 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/03/2008

Recueil collectif

Une de mes nouvelles, La consultation, a été publiée dans le recueil collectif Rendez-vous, toujours aux éditions Chloé des Lys.

rendez-vous

20:05 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/12/2007

Encre noire n°49

Une de mes nouvelles Discussion privée, tirée de mon recueil  portant le même titre, a été publiée dans le magazine littéraire Encre Noire   


encre noire couverture


En voici un extrait :

Discussion privée avec Titus 40ans – le 3 juillet

Titus >’soir

Sue >’soir

Titus > tu vas bien ?

Sue > bien et toi ?

Titus > super, la journée est finie, en vacances jusque demain.

Sue > c’est bien, profites-en.

Titus > t’es sortie aujourd’hui ?

Sue >non. Cette perruque, j’ai attrapé une allergie.

Sue >des boutons partout et si je sors sans, c’est le drame

Titus >parce que tu es brune ?

Titus >c’est dommage, j’aime bien les brunes

Sue >ah ouais ? ça fait quoi d’être le dernier de la planète ?

Titus >je ne suis sûrement pas le dernier

Sue >il faudra que tu m’en présentes alors

Titus >je ne te suffis pas ?

Sue >…

Titus >excuse-moi je ne voulais pas t’embarrasser

Sue >c’est rien

Titus >…

Sue >j’ai encore reçu un courrier aujourd’hui, c’est le troisième du mois.

Sue >encore pour me rappeler les lois sur la conformité et tu sais comme je suis loin d’être conforme

Titus >tu risques de gros problèmes si tu résistes encore, ces gars-là, ils rigolent pas avec la conformité.

Sue >je sais, mais je ne vais pas en pleurer non plus, je veux rester comme je suis et c’est tout

Titus >moi aussi j’aimerais que tu ne changes pas mais ils ne t’écouteront pas

Sue >je connaissais une fille, elle avait le même problème que moi, je lui ai parlé dans un salon

Sue >elle était rousse avec des taches de rousseur partout, elle voulait résister aux inspecteurs et à leur putain de conformité mais ils ont été les plus forts.

Sue >tous les jours, on venait lui injecter des ralentisseurs de vieillesse et on la badigeonnait de crème dégueulasse pour enlever ses taches de rousseur

Sue >on a teint ses cheveux en blond et elle doit porter des lentilles vertes, c’est incroyable, au bout d’un mois, elle était méconnaissable, elle m’a envoyé une photo d’elle avant et après.

Sue >puis il y a eu les traitements psychologiques, elle a changé totalement de personnalité au point que j’avais l’impression de parler à une inconnue

Titus >…

Sue >je ne veux pas que ça m’arrive, je préfèrerais mourir

Titus >ne parle pas comme ça, tu me fais du mal

Sue >pourtant c’est la vérité, je regarde tous les jours par ma fenêtre ce que ces salauds ont fait, et ça me dégoûte. Elles sont là comme des pantins de perfection

Sue >moi je veux devenir vieille, rester brune avant d’avoir des cheveux gris, garder la couleur de mes yeux et je veux avoir des rides aussi, une poitrine qui retombe et le dos courbé par le poids de l’âge.

Titus >et moi c’est comme ça que je te veux, même si nous devons rester cloîtrés pour le reste de nos jours.

Sue >ça fait le deuxième sous-entendu en une soirée, c’est pas sérieux !

Titus >je te demande pardon

Sue >il faut que je te laisse

Titus >on se reparle demain soir ?

Sue >peut-être, à bientôt

Titus >à bientôt.

Titus a quitté la discussion

Sue a quitté la discussion


 

11:14 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/12/2007

Histoire de pleine lune 2

Histoire de pleine lune 2-

Braquage

discussion privéeTiré de mon deuxième recueil Discussion Privée

Un petit supermarché de quartier. Vers quinze heures, un après-midi d’automne. Jac entra par la porte électrique qui s’ouvrit à son passage. Dehors, il pleuvait des cordes et les parapluies ne servaient à rien quand le vent soufflait aussi fort. Jac était trempé jusqu’aux os.

En face de la porte, les deux caisses et leurs caissières. Il n’y avait pas grande foule à cette heure. Une femme avec son caddy rempli et un enfant sur le siège s’arrêta à côté de lui quand elle vit le temps qu’il faisait. Elle soupira d’exaspération et entreprit de fermer le capuchon du manteau de son fils visiblement pas d’accord avec cette idée. Elle sortit ensuite sous la pluie.

Jac passa le tourniquet d’entrée du magasin. Il ne s’attarda pas dans les rayons textiles et alla directement à l’autre bout. Un comptoir vitré se présentait devant lui. Il prit un ticket numéroté au distributeur. Il n’y avait que deux clients avant lui. Il se plaça devant le comptoir et attendit que son numéro s’affiche sur l’écran. Le principal était d’être rentré avant…

- Le numéro 24, appela le boucher derrière le comptoir. Il portait un tablier blanc taché de sang.

Jac leva la main.

- C’est moi.

Le boucher se mit devant lui en s’appuyant sur le plan de travail.

- Qu’est-ce que ce sera pour vous monsieur ?

- Avez-vous encore des gigots ?

- Bien sûr, quel poids ?

- Disons, environ quatre kilos chacun, il m’en faudrait trois.

- Oh, c’est pour un banquet de famille ? dit le boucher joyeusement. Je vais vous chercher ça.

- Oui, c’est ça, un banquet, répondit Jac embarrassé. Et euh…il me faudrait aussi une douzaine de pieds de porc.

- Ben dites donc, ils sont aussi voraces que des ours dans votre famille !

Jac eut un sourire en coin et ne répondit rien à cela. Le boucher s’activait derrière une vitre avec sa hachette. Il riait de bon cœur avec un apprenti.

Un quart d’heure plus tard, le serveur revint derrière le comptoir avec trois gros gigots saignants. L’apprenti suivait avec les pieds de porc qu’il avait emballés dans une caissette en plastique. Jac mit la caissette dans son caddy pendant que le boucher emballait les gigots un à un. Une fois le tout dans le caddy, Jac quitta le rayon boucherie pour se rendre aux caisses.

Il posa ses achats sur le tapis roulant et avança le caddy vide derrière un homme crasseux qui sentait la pisse et la bière à dix mètres à la ronde. Jac le remarqua à peine, il avait les yeux rivés sur la verrière qui donnait sur le parking. Ça commençait à s’assombrir et dans moins de trois heures, il ferait nuit.

La porte d’entrée du magasin s’ouvrit. L’homme qui pénétra à l’intérieur portait un imperméable usé et un passe-montagne sombre. Un qui n’avait pas été perturbé par les « cagoules » de son enfance, se dit Jac. La caissière fit passer les paquets de viande sur le décodeur tandis que Jac les remettait les uns après les autres dans le caddy. L’homme au passe-montagne se précipita alors sur lui et le poussa violemment face contre le comptoir de la caisse. Il avait sorti un revolver de la poche intérieure de son imper et le pointait sur la tempe de Jac.

- Personne ne bouge ou je lui éclate le crâne, cria le braqueur.

La caissière se leva brusquement et leva les mains en l’air. L’homme à la cagoule pointa alors l’arme sur elle.

- J’ai dit de ne pas bouger, grogna-t-il. Ce serait bête de faire un trou dans une si jolie tête tu ne crois pas ? ASSIS, lui ordonna-t-il.

Elle s’exécuta. Jac tenta de se redresser et eut une grimace de douleur. En heurtant le comptoir, il s’était apparemment froissé une côte. Une fois qu’il en eut terminé avec la caissière, le braqueur revint sur lui et le repoussa une seconde fois plus violemment. Jac laissa échapper un grognement de douleur.

- Vous êtes tous sourds ou quoi ? s’énerva le braqueur. J’ai dit PERSONNE NE BOUGE !!

Une cliente s’était accroupie derrière un étalage de chips. Elle avait les mains portées à ses oreilles et pleurait silencieusement.

- Toi, dit l’homme en désignant la caissière de l’autre caisse, va bloquer cette porte. Et je t’ai à l’œil alors pas de bêtises, compris ?

La caissière se leva doucement sans quitter l’homme des yeux. Elle était effrayée et semblait au bord du malaise. Elle se dirigea vers la porte électrique et en bloqua l’ouverture automatique d’un tour de clé dans le bas de chaque porte.

Jac avait suivi la scène des yeux. Ce n’était pas possible. Pas aujourd’hui. De la sueur commença à ruisseler sur son front et des tremblements de panique s’emparèrent de ses mains. Seigneur, que cela cesse vite. Dans moins de trois heures…

- Bien ma chérie, dit l’homme à la caissière qui regagnait sa place.

- C’est idiot ce que vous faites, lui dit Jac.

- Quoi ? T’as quelque chose à dire ? lui répondit le braqueur en lui empoignant le col.

- Je disais que c’est idiot, répéta Jac. Il y a d’autres clients dans le magasin et des portes de secours. Qui vous dit que quelqu’un n’est pas sorti pour prévenir la police ?

- Mais t’es malin dis donc ! Il empoigna Jac plus fermement et lui appuya le visage contre le comptoir. Ses côtes le faisaient atrocement souffrir.

- Qui t’a dit que j’étais tout seul ? Tu me prends pour un imbécile ?

Pour donner raison à ces paroles, deux autres hommes armés et cagoulés arrivèrent par l’arrière du magasin avec deux clients effrayés devant eux. Un enfant pleurait dans les bras de sa mère, un vieillard avançait d’un pas lent à l’aide de sa canne. Un des hommes cagoulés le pressa et il trébucha. Le vieux s’écroula sur le sol.

- A ton âge papy on fait plus ses courses tout seul, lui dit un des braqueurs en lui donnant un coup de pied pour qu’il se relève. Le vieux gémit et ne se releva pas. L’homme armé le souleva alors brutalement par le bras – il le lui cassa par la même occasion – et lui pria d’avancer pour se mettre avec les autres otages réunis près des caisses. A eux s’ajoutèrent aussi le boucher et son apprenti.

- Y a plus personne dans le magasin et toutes les portes sont verrouillées, dit un des braqueurs à celui qui tenait toujours Jac contre le comptoir de la caisse. Visiblement, il était le « chef de la bande ».

- Parfait, dit-il joyeusement. Il relâcha Jac et le poussa vers les autres otages. Il renversa l’étalage de chips au passage.

- Essaie de ne plus jouer les malins avec moi à l’avenir, lui dit le braqueur, j’aime pas ça du tout.

Les otages étaient encerclés. On les fit s’asseoir dans l’allée entre les caisses. Les braqueurs placèrent un distributeur de boissons fraîches de façon à « enfermer »les otages dans l’allée. Un des hommes armés s’était installé sur le comptoir d’une des caisses, son revolver pointé en direction du groupe assis à terre. Au moindre mouvement, il était capable de tirer.

La peur de Jac était de plus en plus fondée. Ces trois malfrats avaient l’air d’avoir bien préparé leur coup. Il ne savait pas ce qu’ils voulaient mais il était évident qu’ils ne partiraient pas tant qu’ils ne l’auraient pas.

Le chef se mit alors devant eux et prit la parole.

- Je vous demande votre attention mesdames et messieurs, dit-il à l’assemblée. Il ne vous sera fait aucun mal si vous restez bien sages. Mais sachez que ces armes ne sont pas en caoutchouc et que si nous devons nous en servir, nous le ferons.

La femme qui était accroupie derrière l’étalage de chips avant d’être placée avec les autres se leva alors brusquement et, prise de panique, se mit à crier qu’elle voulait sortir. Un coup de feu retentit, elle s’écroula lourdement sur le sol, morte.

Le chef qui avait tiré le coup de feu, remit son arme encore fumante dans la poche de son imper en souriant.

- Convaincus ?dit-il.

Personne ne répondit. Les otages restèrent assis sans bouger. Une cliente, en larmes, berçait son enfant en sanglot dans ses bras.

- Tout ce qu’on veut, c’est quelques millions et puis on vous laisse tranquille. Un de mes deux amis a passé un petit coup de fil tout à l’heure et il n’y a plus qu’à attendre.

Jac fixait le braqueur du regard. Un des deux autres hommes cagoulés était posté à la porte d’entrée. Il avait fermé le volet et observait l’extérieur au travers des mailles métalliques. Le troisième était toujours assis sur le comptoir. Il avait pris un paquet de chips et en dévorait le contenu en laissant tomber des miettes sur le bord de sa cagoule et dans les cheveux du vieillard souffrant de sa chute et du coup de pied qui lui avait été asséné.

Jac regarda chacun des otages. Le vieillard, la femme et son enfant, les deux caissières, les deux bouchers et un jeune adolescent qui tenait son sac à dos devant lui comme un bouclier.

Le magasin n’était pas très fréquenté à cette heure. Était-ce une chance ou une malchance ? Jac savait que cela importait peu. S’il ne réussissait pas à sortir au plus vite de cette « prison », aussi peu nombreux soient les gens enfermés avec lui, dans moins de trois heures, ils signeraient tous leur arrêt de mort. Dont un enfant. Cette pensée le fit frissonner. Cela ne pouvait pas et ne devait pas arriver.

Doucement, Jac leva la main comme un écolier timide demande à son institutrice s’il peut sortir de classe. L’homme assis sur le comptoir pointa son arme sur lui.

- T’as pas compris mon pote ?lui demanda-t-il.

Le chef de la bande avait rejoint l’autre près de la fenêtre.

- C’est que, commença Jac, je voudrais parler à votre chef, c’est important.

Le braqueur se mit à rire bruyamment. Le chef se retourna et revint vers les caisses.

- Qu’est-ce que t’as à brailler comme ça ?lui lança le chef.

- Tu vas rire, môssieur veut parler au chef, dit le braqueur en riant.

- Ah ouais ? dit-il en regardant Jac.

- C’est très important, répéta Jac.

- Et qu’est-ce qui est plus important que ta misérable vie ?

- Cela concerne…le bon déroulement de votre opération, répondit Jac. Le regard des autres otages se tourna vers lui. Ils devaient le prendre pour un fou.

Le chef éclata de rire en se tapant la cuisse. Ses yeux ruisselaient de larmes.

- J’ai bien l’impression messieurs dames que l’un d’entre vous a perdu la tête et qu’il va aller rejoindre une charmante jeune fille d’ici peu, dit le chef en désignant le corps de la cliente tuée. Le corps avait été recouvert d’une bâche en plastique mais ses pieds dépassaient encore.

- Je ne suis pas fou, croyez-moi, dit Jac. Si vous ne me donnez pas l’autorisation de me lever et de venir vous parler à l’écart, vous comprendrez.

- Tu nous prépares un sale coup mon pote, je me trompe ? dit le braqueur visiblement les nerfs à vif, l’arme pointée sur Jac.

- Je vous jure que je ne prépare rien, c’est juste pour le bien de tout le monde, vous y compris, que je tiens vraiment à m’entretenir avec vous.

Le chef regarda ses deux acolytes. Celui qui était assis sur le comptoir haussa les épaules.

- Ok, lève-toi, ordonna le chef à Jac, et pas de mouvements suspects sinon…

Jac obtempéra et s’approcha du chef, les mains levées à hauteur de ses épaules. Les trois armes étaient maintenant braquées sur lui. Il vit que le ciel s’assombrissait de plus en plus dehors. Seigneur, faites qu’il me croie, pensa-t-il tout bas.

Le chef l’empoigna violemment et l’amena près de la fenêtre. Jac se cogna la tête à la vitre mais ce n’était rien comparé à la douleur de ses côtes et de sa peur de ne pas être cru.

- Parle, lui cria le chef, et fais vite.

- Il faut…que vous me laissiez sortir, lui dit Jac d’une voix basse.

Le chef plissa les rides de son front. Son visage prenait une couleur pourpre, la couleur de la rage.

- Ah ouais ? Tu veux que je te laisse sortir, c’est ça ? Vous entendez ça les gars. Môssieur veut que je lui fasse un traitement de faveur et que je le laisse sortir.

Le chef donna un violent coup à la tête de Jac avec la crosse de son revolver. L’homme s’effondra au sol en tenant son front ensanglanté.

- J’aime pas qu’on se foute de moi, on dirait bien que tu ne tiens pas à vivre plus longtemps.

Jac redressa la tête, le sang coulait sur ses yeux.

- Il le faut, ou dans moins de deux heures, vous serez morts, vous, vos deux amis et les otages.

L’expression du chef changea. Pourquoi cet homme lui parlait-il de sa mort ? Il avait braqué des banques, des bureaux de poste et même des cinémas, son palmarès d’otages dépassait la centaine et jamais l’un d’entre eux n’avait osé lui parler ainsi. Il sentit un frisson lui parcourir le corps. Il fixait l’homme à terre sans pouvoir en détourner le regard. Il sentait sa gorge sèche et ses mains moites.

- Je ne sais pas à quoi tu joues mais j’ai horreur de ce genre de petit jeu, lui dit le chef. Les deux autres braqueurs s’étaient approchés.

- Il est taré ce mec, fais-lui la peau Mike, lui dit l’un des deux.

- Non, je veux d’abord savoir pourquoi il a l’air si sûr de lui.

- Ne me demandez pas de vous le dire, vous ne me croirez pas de toute façon. Faites-moi confiance et vous aurez la vie sauve. Je sais que vous n’en avez rien à faire des otages alors pensez à vos vies.

L’un des deux hommes armés qui se tenait derrière le chef recula d’un pas. Son front brillait de sueur. Il semblait effrayé comme un enfant. Seul le chef restait planté devant Jac, le regardant de haut, tâchant du mieux qu’il pouvait de cacher sa panique. C’est l’autre braqueur qui reprit la parole.

- Je ne sais pas pourquoi mais il a pas l’air de plaisanter Mike, dit-il.

Le chef se tourna vers lui puis revint sur Jac.

- Tu vas me dire ce que tu sais ou bien, dit-il en pointant son arme dans sa direction, ton cerveau sera bientôt comme une passoire.

- Votre balle ne me ferait rien, elle ne me tuerait pas et cela ne changerait rien à ce qui arrivera.

- Tu veux qu’on essaie ? répliqua le chef. Il tira sur le chien du revolver et appuya sur la détente. Jac hurla de douleur. La balle lui perfora l’épaule. Un otage laissa s’échapper un cri de terreur quand le coup de feu retentit et l’enfant qui avait réussi à s’endormir se mit à pleurer.

- Le temps presse, dit Jac avec difficulté, la douleur lui cassait la voix. La lune…Laissez-moi…partir ou je… Il s’interrompit pris d’une quinte de toux.

- Ou tu quoi ?s’impatienta le chef.

- Je vais tous…vous tuer…la lune…Je ne veux pas… tuer… Jac sombra dans l’inconscience.

- Merde ! s’écria le braqueur qui avait reculé. C’est un loup-garou.

Le chef se tourna vers lui.

- Qu’est-ce que tu racontes espèce de crétin, lui lança-t-il.

- Je déconne pas Mike, il parlait de la lune et qu’il allait tous nous tuer.

L’homme paniquait, il était presque au bord des larmes.

- Faites ce que vous voulez les gars mais moi je me barre, dit-il en se dirigeant vers la porte électrique bloquée. Le chef ne le laissa pas avancer plus et tira sur son complice. Celui-ci s’effondra mort contre la vitre et glissa sur le sol.

Le deuxième braqueur se précipita sur le corps inerte de son ami et tenta de le ranimer inutilement. Le chef se tourna de nouveau vers Jac qui était évanoui par terre.

Une heure plus tard. Mike était assis sur un tas de sacs de charbon. L’autre braqueur faisait les cent pas des otages à la porte vitrée. Jac était toujours inconscient. Il posa le regard sur lui et se tourna ensuite vers Mike.

- Et si Grad avait raison ? lui dit-il.

- Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi, Sol ? J’hésiterai pas à te passer le même savon si c’est le cas.

- Ne t’énerve pas Mike mais tu dois admettre qu’il avait l’air plutôt convaincant.

- Un otage inventerait la plus incroyable des conneries pour sauver sa peau et celui-là a une imagination débordante, c’est ça et rien d’autre.

- Mais t’as vu ce qu’il trimballait dans son caddy ? Trois gigots de quatre kilos chacun et une caisse entière de pieds de porc.

- Et alors ? s’écria le chef. Au temps où t’étais un gentil garçon, t’as jamais eu droit aux repas de famille ?

Le braqueur resta sans voix. Lui rappeler ses souvenirs d’enfance lui était souvent très douloureux. Il ne le disait pas à Mike mais il lui arrivait de regretter ces moments où il était un garçon honnête et sans problèmes avec la justice.

- Je te conseille de te sortir ces idées débiles du crâne ou je te ferai rejoindre Grad en enfer.

Sol baissa la tête et reprit ses incessantes allées et venues.

- De toute façon, ça devrait plus tarder maintenant, les autres vont bientôt rappliquer.

- Tu ne trouves d’ailleurs pas bizarre qu’il n’y ait pas encore de flics dans le coin ? lui demanda Sol qui regardait par la fenêtre.

- Tu oublies ce qu’on leur a dit au téléphone, pas de flics ou on exécute les otages un par un. Ils nous connaissent assez bien pour savoir qu’on le ferait. Et puis je suis sûr qu’ils ne sont pas loin, on ne les voit pas c’est tout.

Dehors, le soleil était presque couché. Ses rayons ne laissaient qu’une lueur orangée à l’horizon. Le parking du magasin était vide de toute présence. La police avait organisé un périmètre de sécurité dès le coup de fil des malfrats. Ils préparaient une embuscade qu’ils mettraient à exécution dans une heure. D’ici là, la lune serait levée et pleine.

Sol hurla quand il posa son regard sur Jac. Celui-ci reprenait ses esprits. Il ouvrit des yeux dont l’iris avait pris une teinte jaunâtre, maladive. Sol se précipita sur Mike lorsque Jac esquissa un sourire qui le glaça d’horreur. Des crocs acérés remplaçaient ses dents.

- Miiike, hurla Sol en le tirant par le bras. Celui-ci s’était assoupi sur les sacs de charbon et se réveilla en sursaut. Il avait toujours son arme en main et la pointa défensivement sur son ami avant de se rendre compte que c’était lui. Il la baissa alors.

- Qu’est-ce qui te prend de crier ainsi ?lui demanda-t-il. Mais Sol n’eut pas besoin de parler pour qu’il comprenne.

L’homme qui était à terre se tenait debout devant lui. Ses vêtements étaient déchirés comme s’ils étaient devenus subitement trop étroits. Ses deux bras pendaient le long de son corps, des griffes aux bouts des doigts. Mike sentit son pantalon s’humidifier. Jac le regardait de ses yeux jaunes avec un sourire hideux. Des poils noirs et épais dépassaient du col de sa chemise et de ses manches. Il avança doucement vers les deux hommes effrayés. Un otage se mit à crier quand il s’aperçut de la scène, les autres suivirent. 

Sol tourna de l’œil et s’effondra. Mike, le haut de son pantalon assombri par sa peur grandissante tira le chien de son revolver d’une main tremblante et tira sur le monstre qui s’approchait de lui. Celui-ci semblait insensible à la douleur, il souriait et s’approchait toujours. Mike appuya une seconde fois sur la gâchette et rata sa cible. Il appuya encore sur la détente et un clic se fit entendre, le barillet était vide. Mike lâcha l’arme et voulut s’enfuir mais ses jambes étaient en coton, il était paralysé sur place. La faim du monstre était grande et il avait bien l’intention de l’assouvir.

L’assaut des policiers fut lancé par l’arrière du magasin. Ils enfoncèrent la porte de l’entrepôt avec des béliers et se ruèrent à l’intérieur. Ils découvrirent le carnage avec stupeur.

L’inspecteur arriva une demi-heure plus tard. La scène était insupportable et certains policiers durent sortir devant l’horreur qui se présentait à eux.

- Jamais je n’ai vu un tel chantier, s’exclama l’inspecteur. Mais bon dieu, quelqu’un peut me dire ce qu’il s’est passé ici ?

- C’est incompréhensible monsieur, lui répondit un agent de police. C’était censé n’être qu’un braquage et voilà ce qu’on découvre. Ils sont tous morts. Qui a bien pu faire une chose pareille ?

L’inspecteur se tourna vers la porte vitrée. La vitre était en pièces et le volet avait été comme broyé par une force surhumaine.

- En tous cas, dit-il, le coupable s’est enfui par là.

19:51 Écrit par c dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/11/2007

Discussion privée

discussion privéeMon deuxième recueil de nouvelles est disponible!

Discussion Privée - 12 nouvelles fantastiques - 163 pages

par Céline Marseaut-Hernould

aux éditions Chloé des Lys

 

13:58 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/06/2007

deux nouvelles de mon second recueil "Discussion Privée"

couvertureVoici deux nouvelles de mon deuxième recueil "Discussion privée" qui sera édité prochainement.

Histoire de pleine lune 1-

L'enfant

Cela faisait une heure que la voiture roulait sur l’autoroute. Le conducteur et sa femme assise à ses côtés se chamaillaient au sujet d’une sortie ratée.

- Je t’avais dit de prendre à gauche, mais comme d’habitude, monsieur ne m’écoute pas, dit la femme, la carte routière sur les genoux.

- Tu vas continuer longtemps avec cette sortie ? s’exaspéra l’homme. Je ne l’ai pas vue, ça arrive à tout le monde, non ?

- Pas à moi !

- Evidemment, tu es à peine capable de tenir debout sur un vélo.

- Ne m’énerve pas Henri, tes remarques de macho, tu peux les garder pour toi, s’énerva-t-elle.

L’homme se crispa sur le volant et soupira. Il semblait se battre avec lui-même afin de ne pas dire des mots qu’il regretterait ensuite. Après tout, leur fils de six ans était sur la banquette arrière.

- Bon dieu, on ne sera jamais là-bas à temps, se lamenta-t-elle. Si tu m’avais écoutée, on aurait pris le train, on y serait déjà depuis plus de deux heures. Mais non, monsieur ne supporte pas le « stress des transports en commun. »

- Maman !

- Oui, je sais que tu es une femme parfaite, excuse-moi, j’ai toujours tort, je ne suis qu’une merde, répondit-il d’un faux air de martyr.

- Maman !

- Oh, s’il te plaît, ne joue pas les hommes meurtris, tu sais que ça me met hors de moi, s’écria-t-elle en levant les yeux au ciel.

Le petit garçon blond était assis sur son siège auto. Il regardait ses parents l’un après l’autre. Il appela une fois de plus sa mère qui se retourna alors brusquement sur lui.

- Qu’est-ce qu’il y a ? lui demanda-t-elle en essayant de ne pas s’en prendre maintenant à son fils qui ne pouvait rien à la distraction de son père.

- J’ai mal aux dents, dit-il.

- Sois un peu patient, on sera bientôt arrivés chez grand-mère. Je n’ai pas d’aspirine sur moi.

- J’aime pas l’aspirine, répondit-il en se mettant à pleurer. J’ai mal. Il se tenait les joues de ses petites mains potelées.

- Tu vois, à cause de toi, dit la femme alors à son mari. Je t’avais bien dit qu’il fallait remplir la trousse de secours.

L’homme soupira à nouveau. Il ne prêta pas attention à cette nouvelle critique ou du moins faisait-il comme s’il ne l’avait pas entendue. Ses mains de plus en plus crispées sur le volant trahissaient ses pensées. L’enfant pleurait de plus en plus fort.

- Calme-toi mon poussin, dit la mère plus doucement en se tournant vers la banquette arrière. Dis-toi que la petite souris va peut-être passer cette nuit.

Mais il n’en avait rien à faire de la petite souris et de la pièce de monnaie qu’il trouverait sous son oreiller le lendemain matin. Il souffrait le martyre et à entendre ses parents crier ainsi, il se doutait qu’ils étaient encore loin d’arriver chez grand-mère. Il n’avait que six ans mais il n’était pas complètement idiot.

La voiture continuait son chemin, animée des critiques de la femme, des soupirs de l’homme et des sanglots de l’enfant. La nuit était tombée, la lune était pleine dans le ciel sombre et étoilé.

Ils ne ratèrent pas la sortie suivante, la femme ayant prévenu son mari assez tôt pour qu’il ne l’oublie pas. Et contrairement à la précédente, celle-ci était bien éclairée. Le garçon cessa ses pleurs et un silence électrique régna dans la voiture. L’homme se mit à siffloter et la femme regardait défiler les éclairages publics par la vitre de sa portière.

C’est alors que le petit garçon se mit à hurler. Un cri affreux de douleur.

- Arrête la voiture, s’écria sa mère.

L’homme se rabattit sur la bande d’arrêt d’urgence et se retourna sur son fils. Celui-ci se tordait dans son siège auto, son visage déformé par une grimace de douleur insupportable. Les veines de son cou saillaient. La mère s’était retournée, la bouche béante devant ce spectacle. Elle se mit à pleurer elle aussi. La panique s’empara d’elle.

- Qu’est-ce…qu’il a…mon dieu…s’écria-t-elle.

L’homme détacha sa ceinture de sécurité à la hâte et ouvrit la portière à la volée. Une voiture passa à toute vitesse sur la route.

Il ouvrit la portière arrière et entreprit de détacher les harnais qui attachaient son fils dans le siège. Mais il n’eut pas le temps d’agir que les harnais se détachèrent d’eux mêmes en claquant. Ils s’étaient littéralement déchirés. La femme se mit à hurler aussi fort que le garçon. Il se débattait sur le siège et manqua de tomber sur la route mais son père le rattrapa à temps.

- Qu’est-ce qui se passe poussin, dit-il en tâchant de le maintenir pour qu’il ne tombe pas.

L’enfant voulut se retirer de son étreinte et, d’un coup, porta une main au visage de son père. L’homme laissa échapper un cri de douleur. Le sang se mit à couler des entailles profondes qui marquaient sa joue. L’homme parvint à tenir l’enfant devant lui, son regard croisa le sien.

Les traits de l’homme se figèrent de terreur. Ses lèvres se mirent à trembler. L’enfant le regardait avec des yeux d’animal, sa bouche ouverte laissait apercevoir des crocs aiguisés comme des lames de rasoirs. L’homme sentit un épais duvet sous le t-shirt du garçon. Il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge, pour la bonne raison que son fils la lui avait attrapée entre ses crocs acérés.

La femme restée dans la voiture hurla à pleins poumons quand elle vit le corps de son mari s’écrouler sur le sol en heurtant le bord de la portière du menton. La ceinture la maintenait prisonnière de son siège, sa panique l’empêchant de s’en défaire. Le silence revint lorsque l’enfant monstre se rua sur elle avec un sourire hideux, avant de s’enfuir à la recherche d’autres proies qui assouviraient sa faim.

Prisonnière informatique

Il fait noir. Il me semble que mes yeux sont pourtant bien ouverts. Mais… je ne parviens pas…à les bouger. C’est comme si…comme s’ils étaient paralysés. Et mon corps, il ne bouge pas lui non plus. Quelle étrange sensation, c’est comme si je ne savais plus faire que penser. Bon sang, si seulement il pouvait y avoir de la lumière. J’ai toujours eu si peur du noir.

Eh oh !! Y a quelqu’un qui m’entend ici ? Eh oh !!

Pas de réponse. Il n’y a donc personne à part moi. Mais où suis-je donc ? Peut-être est-ce un cauchemar. Je suis dans mon lit, les draps m’emprisonnent et c’est pour ça que je n’arrive pas à bouger. Mes yeux… Ils sont fermés et je ne m’en rends pas compte parce que je rêve. Mais oui, c’est ça. Il faut alors que je me force à les ouvrir et tout ira mieux.

Rien à faire, ils ne cillent pas. Ils sont ouverts, je le sens. Eh oh !! Toujours personne pour me répondre. Je sens la panique s’emparer de moi et pourtant mon corps ne tremble pas. Je ne transpire pas comme c’est souvent le cas quand on a peur.

Incroyable, je me rends compte que mes lèvres sont paralysées elles aussi. Je ne crie donc qu’en pensée. Mon dieu, si seulement je pouvais me réveiller.

M’aurait-on entendu quand même ? Je sens une légère vibration. Et...un bourdonnement a fait vibrer mes tympans, mes mains refusent de me protéger les oreilles.

Oh !! Quelle lumière, elle est si forte elle aussi, si blanche. Non ! Quelle souffrance, mes yeux sont alors bien ouverts. Il n’y a plus aucun doute là-dessus. Malgré la lumière, ils ne cillent pas, même pas de larmes.

Oh mon dieu ! Que vois-je ? Eh oh !! Il ne m’entend pas. Je le vois pourtant. La lumière n’altère pas ma vue. Il me regarde par moment puis semble voir autour de moi. Je ne suis alors peut-être pas seule. Mais pourquoi ne me répond-t-il pas ? Eh oh !! Je le vois derrière une vitre épaisse. Eh oh !!

Ses yeux se plissent, et… Qu’est ce que c’est ? Je sens que je me déplace, je ne sais pas résister. Une force invisible me tire.

Je glisse !!...un clic…Et…je ne suis plus en mouvement tout à coup. La force a disparu. J’ai l’impression de ne plus être au même endroit.

Je ne le vois plus, il y a des vibrations régulières autour de moi. J’ai l’impression que je ne suis pas seule ici, d’autres glissent aussi près de moi mais je ne parviens pas à les voir.

Un clic…Je le vois de nouveau. Il se gratte la tête, semble hésiter…Je l’appelle…il ne m’entend pas…Je ne peux toujours pas bouger…un nouveau clic…La vitre… Oh mon dieu non !!! Encore un cl…

11:34 Écrit par c dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/05/2007

Bientôt deux!

La grande nouvelle est tombée ce matin, mon deuxième recueil de nouvelles est accepté. Il s'appelera Discussion privée et ce sera toujours aux Editions Chloé des Lys qui m'offrent une fois de plus leurs confiance.

10:34 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2007

La face cachée de Dark Vador

Découvrez la double personnalité de Dark Vador, c'est surprenant!


 

19:21 Écrit par c dans autres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/04/2007

Un livre dont vous êtes le héros

Dans un monde où les jeux vidéos et l'informatique ont pris une place importante dans la vie de tout un chacun, le livre tient encore la sienne dans notre société. Malgré ce monde de plus en plus virtuel, il reste irremplaçable.

Les premiers titres de la collection Un livre dont vous êtes le héros firent leurs apparitions dans nos librairies dans les années 80. Période où débutera également la grande montée en flèche des jeux électroniques. La collection ne cessera alors de s'agrandir et encore de nos jours paraissent de nouveaux titres.

Principalement dédiés aux jeunes lecteurs, il n'est pas interdit étant adulte, de se lancer dans une aventure extraordinaire, au parfum subtil de papier et animée du tintement de dés jetés.

Un livre dont vous êtes le héros se présente de la même manière qu'un jeu de rôle électronique, mis à part que le froissement des pages remplace le clic d'une souris.

Vous aurez à récolter des informations et des objets, être victorieux lors de nombreux combats où le hasard des dés sera votre seul allié. Vous mettrez aussi votre orientation à toute épreuve en vous repérant dans des lieux inconnus. Cela pour mener à bien votre quête.

Bref, vous serez envoyé dans un monde que personne ne verra de la même façon que votre propre imagination.

Bon voyage à tous!


 

Caïthness lélémentariste- couverture

keldrilh le ménestrel-couverture

la vengeance des démons-couverture

la cité des voleurs-couverture

Il y a possibilité de se procurer des exemplaires d'occasion à la Bourse aux livres de Tournai

15:17 Écrit par c dans autres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'encyclopédie du merveilleux

Je tenais à faire part de cette découverte littéraire qui m'est devenue très utile dans mon activité d‘auteur. "L'encyclopédie du merveilleux", c'est trois volumes: Des peuples de la lumière, Des peuples de l'ombre et Du bestiaire fantastique. Indispensable pour ceux qui comme moi veulent tout savoir sur ces créatures imaginaires et de légende qui ont peuplé notre enfance. Du loup-garou à la fée, de l'ogre à la sirène, tous ont une histoire dont nous ne connaissons qu'un infime chapitre,"L'encyclopédie du merveilleux" nous éclairent sur leurs mystères et leurs origines.

Agrémentée de nombreuses illustrations, chaque créature est rangée selon son milieu (peuple de la peur, peuple de la mort, des métamorphoses,...), par ordre alphabétique pour faciliter la recherche.

Bref, un agréable moment de lecture et surtout de culture, pour nous rappeler que nous sommes des éternels enfants et...que le croquemitaine a peut-être existé finalement!

aux éditions LE PRE AUX CLERCS par Edouard Brasey

encyclo 1encyclo 2

14:42 Écrit par c dans autres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/04/2007

Mon premier livre édité

a crocA CROC-nouvelles fantastiques

de Céline Marseaut-Hernould

aux éditions Chloé des Lys

 

"La virée":

 

La voiture filait à toute allure sur la route boueuse qui traversait les bois, avec pour seule lumière celle des phares.

- Tu ne crois pas qu’on devrait ralentir un peu, on va finir par se prendre un arbre, dit Steve au garçon qui était au volant.

- Je préfèrerais mourir en me prenant un arbre plutôt que par ce qui est derrière nous.

Steve se retourna. Il ne vit par le pare-brise arrière que le noir le plus complet.

- Tu crois qu’ils nous suivent ? demanda-t-il à Jeorge.

- Je n’en sais rien, mais ce que je sais c’est que je veux être le plus loin possible d’eux.

Jeorge avait les mains crispées sur le volant, Steve se cramponnait à son siège. Heureusement, la neige avait fondu cette après-midi. Steve rompit à nouveau le silence.

- Et où on va aller ?

- Comment veux-tu que je le sache, s’énerva Jeorge, je ne sais déjà pas où on est là. Il perdit le contrôle du véhicule tandis qu’un daim traversait la route. La voiture termina sa course dans un fossé détrempé par la neige fondue. Le conducteur enclencha la marche arrière mais les roues patinèrent, faisant pire que mieux. Il tapa sur le volant de rage et entreprit d’ouvrir la portière quand Steve lui prit le bras.

- Qu’est-ce que tu fais, Jeorge, tu ne vas pas sortir ?

- Et même que tu vas sortir avec moi, tu ne crois quand même pas que je vais tirer ce tas de ferraille de cette merde tout seul.

- Je…je ne sais pas, on pourrait peut-être attendre que le jour se lève, qu’est-ce que t’en dis...je…je suis sûr qu’ils ne nous ont pas suivis. Il y avait une panique dans sa voix. Les bois en pleine nuit n’étaient déjà pas très rassurants, la voiture lui semblait assurer leur protection. Le fait de se retrouver dehors le rendait fou. Mais Jeorge était déjà sorti et n’avait rien écouté des plaintes de son cadet. Il resta sur son siège sans bouger, pétrifié. Il sursauta quand il entendit la voix de son frère lui demander de se presser de le rejoindre nom de dieu !

Steve ouvrit sa portière les mains tremblantes. Une odeur de pins mouillés envahit ses narines. Il posa le pied sur un sol boueux et collant. Il voyait son frère à l’arrière de la voiture qui essayait inutilement de pousser le véhicule afin de le sortir de ce bourbier.

- Grouilles-toi, viens m’aider à pousser, triple crétin.

Steve avança dans la boue, ses baskets desserrées manquèrent de se dérober à plusieurs reprises comme quand on marche sur un béton frais, un bruit de succion à chaque pas. Il alla rejoindre son frère et ils poussèrent ensemble la BMW de leur père qui ne fit que glisser plus profondément dans le fossé.

- Pourquoi as-tu acheté ce char p’pa, maman voulait tant une golf, soupira Jeorge.

Il retourna alors vers l’avant, donnant un coup de pied au pare-chocs au passage. La portière était restée ouverte et il se rua à l’intérieur de la voiture. Steve le rejoignit en courant, oubliant la boue qui le faisait glisser. Un instant il crut que son frère partirait, le laissant seul, et la panique le prit de plus belle. Il regarda Jeorge fouiller dans la boîte à gants et jeter sur le sol toute sorte d’objets dont il ne soupçonnait pas la présence. Mais le temps n’était pas venu de jouer les curieux.

- Tu fais quoi ? l’interrogea Steve. Son frère ne lui répondit pas, il était toujours plongé dans ses fouilles. Il leva enfin l’objet qu’il recherchait tant, une lampe de poche à piles. Il actionna l’interrupteur de la lampe, satisfait de voir qu’elle fonctionnait encore. Il ignorait pour combien de temps mais il valait mieux ne pas se poser une telle question pour l’instant. Steve observait la lampe de poche dans les mains de son frère. Il sentit son cœur qui ne tarderait pas à sortir de sa poitrine et se mit à espérer qu’il n’avait pas compris ce que Jeorge avait l’intention de faire.

L’aîné sortit de la voiture la lampe glissée dans la poche arrière de son jean, sous les yeux effrayés de son frère de quinze ans.

- On va marcher, on perdrait trop de temps à la désembourber, faut pas traîner ici.

- On y arriverait peut-être si…si on utilisait une corde ou je ne sais pas quoi mais…

Jeorge prit son frère par les épaules, ses yeux plongés dans les siens, non plus avec colère cette fois mais en un grand frère protecteur.

- Je sais que tu as une frousse bleue mon pote et moi aussi je suis mort de trouille, on pourrait sortir la voiture de ce fossé avec une corde mais ça nous prendrait un temps fou. On va marcher vite, tu resteras près de moi et on finira par sortir de cette brousse. Mais surtout tu dois rester calme, c’est compris ?

Steve sentit son cœur battre moins rapidement, il était toujours aussi effrayé mais Jeorge était là et sa présence le rassura. Ils se mirent alors en route d’un pas rapide abandonnant la BMW de leur père. Mais celui-ci n’était pas là pour s’en plaindre.

La nuit semblait interminable tout comme les bois qui s’étendaient sans fin devant eux. La lampe à piles leur avait fait le plaisir de tenir le coup, malgré quelques faiblesses. Plusieurs fois, ils se retournèrent, le souffle court, surpris par un animal sauvage quelconque passant derrière eux, ou par le bruit du vent à la cime des arbres. Les deux frères marchaient serrés l’un contre l’autre, tremblant de tout leur corps. De peur mais surtout de froid. Ils n’avaient pas eu le temps de prendre des vêtements chauds avant leur fuite et la température frôlait la barre du zéro. Jeorge était vêtu d’un survêtement de sport, Steve d’une chemise et d’un pull en fine maille.

Après une heure de marche sans pause, ils aperçurent une lumière venant d’une cabane de bûcheron. Ils arrêtèrent leur avancée et l’observèrent.

- Tu crois qu’il y a quelqu’un là-dedans ? demanda Steve à voix basse et tremblante.

- Il y a de la lumière tu vois bien.

- J’ai l’impression d’être dans un conte pour enfants, tu sais avec cette sorcière qui attire les pauvres gosses perdus avec une maison en pain d’épices, continua le plus jeune des frères.

- Mais cette maison n’est pas en pain d’épices et les sorcières n’existent pas, lui répondit l’aîné en levant les yeux au ciel.

- Je suis prêt à croire n’importe quoi aujourd’hui.

Jeorge resta sans voix après une telle vérité de la part de son frère. Effectivement, après les évènements de cette nuit, il ne pouvait plus se permettre d’avoir ce genre de réflexion. Pour la première fois depuis leur fuite du village, il se mit à avoir vraiment la trouille.

- D’accord, on ne s’attardera pas ici. Ils entreprirent de reprendre leur route quand un homme qui devait approcher la soixantaine les surprit. Il portait des bûches de bois dans les bras et un cigare pendait à ses lèvres.

- On est perdu les gars ? Z’êtes pas fous d’vous prom’ner ainsi habillés par un froid pareil vingt dieux !

Les deux garçons eurent du mal à comprendre ce que leur disait le vieux avec ce cigare qui rendait ses paroles presque incompréhensibles. Ils restèrent pétrifiés sur place sans dire un mot, les yeux écarquillés.

- Et ben, z’êtes pas bavards, si l’cœur vous en dit, j’ai du café chaud à l’intérieur et j’pense qu’ça vous f’rez pas d’tort.

Jeorge observa le vieil homme. Il n’avait pas l’air bien effrayant, à première vue il n’y avait rien qui laissait présager quelque chose de mauvais chez cet homme.

- Nous ne serons pas contre du café monsieur, répondit finalement Jeorge. Tenant toujours ses bûches, le vieux partit devant, Steve tira le bras de son frère.

- Tu es fou, et si s’en était un ?

- Mais non, il n’y a rien à craindre, et puis on ne s’attardera pas trop longtemps, le temps de se réchauffer et on repart. Steve savait qu’une fois que son aîné avait pris une décision, rien ne pouvait le faire changer d’avis. Il obtempéra alors et le suivit vers la petite maison en bois.

A l’intérieur, une agréable chaleur s’échappait de la cheminée et il flottait dans l’air une douce odeur de café fraîchement infusé. Le vieux jeta le bois dans une caisse près du feu prévue à cet effet. Tout en ôtant son épaisse chemise de bûcheron il  se tourna vers les deux garçons qui restaient dans l’embrasure de la porte.

- Allez, restez pas là, et fermez la porte, pour qui on chauffe, pour les lapins vingt dieux ? Et faites comme chez vous, j’vous apporte deux tasses.

Les deux frères s’avancèrent dans ce qui devait être le salon. Steve ferma la porte derrière lui. La maison n’était apparemment pas fournie en électricité et la pièce n’était éclairée que par quelques bougies ici et là. Les deux garçons s’assirent dans le canapé recouvert d’une peau de daim – la tête de l’animal avait fini sur le mur en trophée de chasse -, le vieux revint avec deux grandes tasses de café fumant dans chaque main et les leur tendit.

Le liquide brûlant leur fit un bien fou et la température de leur corps remonta rapidement. Le vieillard s’assit à son tour dans un fauteuil usé et grinçant, jeta son cigare terminé dans le feu et en reprit un autre dans une petite boîte posée sur une tablette à côté de lui. Il reprit ensuite la parole rejetant la fumée épaisse.

- Alors les jeunes, qu’est-ce qu’vous faisiez dans les bois à une heure pareille ?

Jeorge répondit le premier.

- C’est une longue histoire monsieur.

- J’m’appelle Max, pas d’monsieur mon grand et j’adore les longues histoires. Z’êtes des fugueurs et vos parents vous r’cherchent, pas vrai ?

Steve baissa la tête, une larme roula sur sa joue. Son frère mit un bras autour de son épaule et reprit la parole.

- Ce n’est pas ça, nous ne sommes pas des fugueurs et nos parents…Il soupira avant de continuer, il sentit des larmes menaçant de couler mais en tant que grand frère, il se tenait de ne pas craquer.

- Nos parents sont morts ou du moins c’est tout comme, continua-t-il, ainsi que tous les habitants du village d’où nous avons fui.

Le vieux posa son cigare dans le cendrier, se redressa sur les accoudoirs du fauteuil comme pour mieux entendre le garçon.

- Qu’est-ce que c’est qu’cette histoire. Tu t’moques de moi garçon ?

- C’est complètement fou mais je ne vous mens pas. Mon frère et moi avons dû nous échapper de ce lieu maudit, notre voiture s’est embourbée plus loin dans les bois et nous avons marché une heure jusqu’ici. Jeorge haussa la voix peu à peu : vous croyez vraiment que ce serait par plaisir qu’on se serait gelé les billes ?

Le vieux regardait Jeorge en silence, ne sachant que dire ou simplement quoi penser.

- On était partis deux jours mon frère et moi, un stage de ski avec un groupe de jeunes. Quand on est rentré dans l’après-midi, il n’y avait personne dans le village, les volets étaient fermés partout, les magasins n’avaient pas ouvert de la journée, c’était complètement désert. Nos parents aussi avaient disparu. Tout s’était passé durant notre absence. Le soir venu, ils se sont tous réveillés.

Jeorge se mit à trembler en continuant son récit, il serrait son frère en larmes de plus en plus fort contre lui. Nos parents s’étaient enfermés tous les deux dans le grenier à l’abri de la lumière du jour, pour…dormir, et ils…ils ont essayé de nous faire devenir comme eux, mais nous avons réussi à leur échapper. Mon dieu, c’était horrible, tous…ils avaient tous la peau si blanche, comme des cadavres, et ce sourire hideux sur leurs visages. Tous les habitants du village avaient été touchés par la même malédiction et nous étions seuls. Par chance, notre père avait laissé les clés dans la voiture, sans cela nous…

Le vieux qui avait écouté avec attention le récit du jeune garçon se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil.

- Bon dieu de bon sang lâcha-t-il dépassé par ce qu’il venait d’entendre. Qu’est ce qu’tu m’racontes là p’tit, jamais entendu pareille histoire.

- C’est pourtant la vérité monsieur, aussi folle soit-elle.

Le vieux se leva et alla près de la fenêtre les mains croisées derrière le dos.

- C’est pas croyable, s’exclama-t-il, pas croyable du tout.

- Vous devez nous croire monsieur, fit Steve entre deux sanglots, mon frère ne vous a pas menti, il faut faire quelque chose.

Max se retourna vers eux se lustrant nerveusement la barbe entre les doigts.

- J’voudrais bien vous aider mais, on est loin de tout ici, le téléphone le plus proche est à une vingtaine de kilomètres et à cette heure-ci, ce s’rait le casse pipe de s’aventurer dehors, on voit pas à un mètre et avec ce froid…

Steve se leva alors brusquement ;

- Alors on va rester sans rien faire à attendre que ces salauds viennent nous retrouver jusqu’ici ? Tout ça parce qu’un vieux schnock n’est même pas capable de faire installer l’électricité dans sa cabane pourrie. L’homme resta sans un mot devant le jeune garçon et retourna près de la fenêtre contemplant l’extérieur. Jeorge alla le rejoindre.

- Il est effrayé et épuisé, il ne faut pas lui en vouloir. Je le suis autant que lui mais j’arrive à mieux gérer.

- J’comprends ça p’tit, j’suis navré de pouvoir rien faire. Mais j’peux tout d’même vous offrir un bon lit bien chaud, demain on verra c’qu’on peut faire. J’pense qu’vous risquez rien ici, j’ai pas l’impression qu’on vous ait suivi, mais j’peux monter la garde pour cette nuit.

- Merci beaucoup Max.

- De rien p’tit.

Une heure plus tard, Steve s’était endormi dans le canapé. Jeorge le transporta à l’étage dans la chambre du vieillard qu’il leur prêta pour la nuit. Le lit était assez grand pour y accueillir les deux frères.

Jeorge s’endormait lorsque son frère se leva.

- Où vas-tu ? lui demanda-t-il.

- Il faut que j’aille aux toilettes, lui répondit Steve encore à moitié endormi.

Le garçon sortit de la chambre et referma doucement la porte derrière lui. Jeorge s’endormit alors profondément.

Les premiers rayons du soleil passaient par l’étroite fenêtre de la chambre. Jeorge ouvrit les paupières, ébloui par la lumière dans ses yeux mi-clos. A ses côtés, le lit était vide. Il faisait froid dans la pièce et la chair de poule recouvrit tout son corps quand il repoussa les couvertures. Il enfila son pantalon de toile et ses baskets, prit son survêtement qu’il avait laissé au bout du lit et sortit de la chambre en bâillant. La maison était d’un calme étrange. Il descendit l’escalier en bois, le plancher grinça sous ses pieds. La pièce où ils avaient bu leur café quelques heures auparavant était vide.

- Steve, Max, appela-t-il. Aucune réponse. Il y avait une porte ouverte de l’autre côté de la pièce, la cuisine certainement. Jeorge y pénétra. Les deux tasses étaient posées sur le plan de travail près de l’évier. La cuisine de leur maison était toujours pleine de vaisselle ou de paquets alimentaires en tout genre, ici elle était vide de toute présence quotidienne. Une épaisse couche de poussière recouvrait les armoires et la table qui la meublaient. Jeorge appela de nouveau le nom de son frère et du vieillard. Le silence était toujours aussi assourdissant.

Le garçon resta sans bouger au milieu de la pièce. Il était seul, l’homme avait disparu et son frère aussi. Avant de sortir de la cuisine, il remarqua sur la table des traces de pas dans la poussière. Au dessus d’elle, au plafond, une trappe menant à un grenier.

16:46 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |