03/06/2007

deux nouvelles de mon second recueil "Discussion Privée"

couvertureVoici deux nouvelles de mon deuxième recueil "Discussion privée" qui sera édité prochainement.

Histoire de pleine lune 1-

L'enfant

Cela faisait une heure que la voiture roulait sur l’autoroute. Le conducteur et sa femme assise à ses côtés se chamaillaient au sujet d’une sortie ratée.

- Je t’avais dit de prendre à gauche, mais comme d’habitude, monsieur ne m’écoute pas, dit la femme, la carte routière sur les genoux.

- Tu vas continuer longtemps avec cette sortie ? s’exaspéra l’homme. Je ne l’ai pas vue, ça arrive à tout le monde, non ?

- Pas à moi !

- Evidemment, tu es à peine capable de tenir debout sur un vélo.

- Ne m’énerve pas Henri, tes remarques de macho, tu peux les garder pour toi, s’énerva-t-elle.

L’homme se crispa sur le volant et soupira. Il semblait se battre avec lui-même afin de ne pas dire des mots qu’il regretterait ensuite. Après tout, leur fils de six ans était sur la banquette arrière.

- Bon dieu, on ne sera jamais là-bas à temps, se lamenta-t-elle. Si tu m’avais écoutée, on aurait pris le train, on y serait déjà depuis plus de deux heures. Mais non, monsieur ne supporte pas le « stress des transports en commun. »

- Maman !

- Oui, je sais que tu es une femme parfaite, excuse-moi, j’ai toujours tort, je ne suis qu’une merde, répondit-il d’un faux air de martyr.

- Maman !

- Oh, s’il te plaît, ne joue pas les hommes meurtris, tu sais que ça me met hors de moi, s’écria-t-elle en levant les yeux au ciel.

Le petit garçon blond était assis sur son siège auto. Il regardait ses parents l’un après l’autre. Il appela une fois de plus sa mère qui se retourna alors brusquement sur lui.

- Qu’est-ce qu’il y a ? lui demanda-t-elle en essayant de ne pas s’en prendre maintenant à son fils qui ne pouvait rien à la distraction de son père.

- J’ai mal aux dents, dit-il.

- Sois un peu patient, on sera bientôt arrivés chez grand-mère. Je n’ai pas d’aspirine sur moi.

- J’aime pas l’aspirine, répondit-il en se mettant à pleurer. J’ai mal. Il se tenait les joues de ses petites mains potelées.

- Tu vois, à cause de toi, dit la femme alors à son mari. Je t’avais bien dit qu’il fallait remplir la trousse de secours.

L’homme soupira à nouveau. Il ne prêta pas attention à cette nouvelle critique ou du moins faisait-il comme s’il ne l’avait pas entendue. Ses mains de plus en plus crispées sur le volant trahissaient ses pensées. L’enfant pleurait de plus en plus fort.

- Calme-toi mon poussin, dit la mère plus doucement en se tournant vers la banquette arrière. Dis-toi que la petite souris va peut-être passer cette nuit.

Mais il n’en avait rien à faire de la petite souris et de la pièce de monnaie qu’il trouverait sous son oreiller le lendemain matin. Il souffrait le martyre et à entendre ses parents crier ainsi, il se doutait qu’ils étaient encore loin d’arriver chez grand-mère. Il n’avait que six ans mais il n’était pas complètement idiot.

La voiture continuait son chemin, animée des critiques de la femme, des soupirs de l’homme et des sanglots de l’enfant. La nuit était tombée, la lune était pleine dans le ciel sombre et étoilé.

Ils ne ratèrent pas la sortie suivante, la femme ayant prévenu son mari assez tôt pour qu’il ne l’oublie pas. Et contrairement à la précédente, celle-ci était bien éclairée. Le garçon cessa ses pleurs et un silence électrique régna dans la voiture. L’homme se mit à siffloter et la femme regardait défiler les éclairages publics par la vitre de sa portière.

C’est alors que le petit garçon se mit à hurler. Un cri affreux de douleur.

- Arrête la voiture, s’écria sa mère.

L’homme se rabattit sur la bande d’arrêt d’urgence et se retourna sur son fils. Celui-ci se tordait dans son siège auto, son visage déformé par une grimace de douleur insupportable. Les veines de son cou saillaient. La mère s’était retournée, la bouche béante devant ce spectacle. Elle se mit à pleurer elle aussi. La panique s’empara d’elle.

- Qu’est-ce…qu’il a…mon dieu…s’écria-t-elle.

L’homme détacha sa ceinture de sécurité à la hâte et ouvrit la portière à la volée. Une voiture passa à toute vitesse sur la route.

Il ouvrit la portière arrière et entreprit de détacher les harnais qui attachaient son fils dans le siège. Mais il n’eut pas le temps d’agir que les harnais se détachèrent d’eux mêmes en claquant. Ils s’étaient littéralement déchirés. La femme se mit à hurler aussi fort que le garçon. Il se débattait sur le siège et manqua de tomber sur la route mais son père le rattrapa à temps.

- Qu’est-ce qui se passe poussin, dit-il en tâchant de le maintenir pour qu’il ne tombe pas.

L’enfant voulut se retirer de son étreinte et, d’un coup, porta une main au visage de son père. L’homme laissa échapper un cri de douleur. Le sang se mit à couler des entailles profondes qui marquaient sa joue. L’homme parvint à tenir l’enfant devant lui, son regard croisa le sien.

Les traits de l’homme se figèrent de terreur. Ses lèvres se mirent à trembler. L’enfant le regardait avec des yeux d’animal, sa bouche ouverte laissait apercevoir des crocs aiguisés comme des lames de rasoirs. L’homme sentit un épais duvet sous le t-shirt du garçon. Il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge, pour la bonne raison que son fils la lui avait attrapée entre ses crocs acérés.

La femme restée dans la voiture hurla à pleins poumons quand elle vit le corps de son mari s’écrouler sur le sol en heurtant le bord de la portière du menton. La ceinture la maintenait prisonnière de son siège, sa panique l’empêchant de s’en défaire. Le silence revint lorsque l’enfant monstre se rua sur elle avec un sourire hideux, avant de s’enfuir à la recherche d’autres proies qui assouviraient sa faim.

Prisonnière informatique

Il fait noir. Il me semble que mes yeux sont pourtant bien ouverts. Mais… je ne parviens pas…à les bouger. C’est comme si…comme s’ils étaient paralysés. Et mon corps, il ne bouge pas lui non plus. Quelle étrange sensation, c’est comme si je ne savais plus faire que penser. Bon sang, si seulement il pouvait y avoir de la lumière. J’ai toujours eu si peur du noir.

Eh oh !! Y a quelqu’un qui m’entend ici ? Eh oh !!

Pas de réponse. Il n’y a donc personne à part moi. Mais où suis-je donc ? Peut-être est-ce un cauchemar. Je suis dans mon lit, les draps m’emprisonnent et c’est pour ça que je n’arrive pas à bouger. Mes yeux… Ils sont fermés et je ne m’en rends pas compte parce que je rêve. Mais oui, c’est ça. Il faut alors que je me force à les ouvrir et tout ira mieux.

Rien à faire, ils ne cillent pas. Ils sont ouverts, je le sens. Eh oh !! Toujours personne pour me répondre. Je sens la panique s’emparer de moi et pourtant mon corps ne tremble pas. Je ne transpire pas comme c’est souvent le cas quand on a peur.

Incroyable, je me rends compte que mes lèvres sont paralysées elles aussi. Je ne crie donc qu’en pensée. Mon dieu, si seulement je pouvais me réveiller.

M’aurait-on entendu quand même ? Je sens une légère vibration. Et...un bourdonnement a fait vibrer mes tympans, mes mains refusent de me protéger les oreilles.

Oh !! Quelle lumière, elle est si forte elle aussi, si blanche. Non ! Quelle souffrance, mes yeux sont alors bien ouverts. Il n’y a plus aucun doute là-dessus. Malgré la lumière, ils ne cillent pas, même pas de larmes.

Oh mon dieu ! Que vois-je ? Eh oh !! Il ne m’entend pas. Je le vois pourtant. La lumière n’altère pas ma vue. Il me regarde par moment puis semble voir autour de moi. Je ne suis alors peut-être pas seule. Mais pourquoi ne me répond-t-il pas ? Eh oh !! Je le vois derrière une vitre épaisse. Eh oh !!

Ses yeux se plissent, et… Qu’est ce que c’est ? Je sens que je me déplace, je ne sais pas résister. Une force invisible me tire.

Je glisse !!...un clic…Et…je ne suis plus en mouvement tout à coup. La force a disparu. J’ai l’impression de ne plus être au même endroit.

Je ne le vois plus, il y a des vibrations régulières autour de moi. J’ai l’impression que je ne suis pas seule ici, d’autres glissent aussi près de moi mais je ne parviens pas à les voir.

Un clic…Je le vois de nouveau. Il se gratte la tête, semble hésiter…Je l’appelle…il ne m’entend pas…Je ne peux toujours pas bouger…un nouveau clic…La vitre… Oh mon dieu non !!! Encore un cl…

11:34 Écrit par c dans nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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