30/04/2009

Discussion Privée - Analyse de Christian Van Moer

Couverture noire… L’ordinateur portable qui ouvre et referme le recueil de Céline Marseaut-Hernould laisse son message dans l’ombre, et le regard en coin de l’auteur à son lecteur semble dire : " Et maintenant, fais de beaux rêves…"

Douze nouvelles, fantastiques pour la plupart, toujours sombres. Un éclairage pourtant, mais peu rassurant : celui de la pleine lune !

SYNOPSIS :

1. L’enfant.
« … la lune était pleine dans le ciel sombre et étoilé. »
Où un loup-garou de six ans dépèce ses parents. Ça commence fort.
2. A bout.
« … dans le noir, pour une longue agonie. »
Où des parents exaspérés emmurent vivante leur insupportable fille de seize ans. ( Certains n’auraient pas hésité à leur prêter main-forte avec leur truelle, ai-je lu quelque part !... )
3. Une femme jalouse (1).
« … Il passe plus de temps avec elle qu’avec moi et ça me ronge les sangs. »
Où, ivre de jalousie, une jeune femme ne songe plus qu’à occire son clone devenu sa rivale.
4. Braquage.
« … dans moins de deux heures, vous serez morts, vous, vos deux amis et les otages. »
Où un nouveau lycanthrope termine sans discernement le massacre initié par le chef des braqueurs d’un supermarché.
5. La diligence.
« … La lune faisait briller l’or de la diligence… Les roues étaient serties de diamants étincelants. »
Où un adolescent chétif parvient à s’extraire in extremis d’un convoi de la Mort.
6. Le dernier arbre.
« … Au-dessus des murs, il pouvait apercevoir les sommets de la ville qui n’avait fait que grandir, gardant le soleil pour elle seule. »
Où, révoltée par l’acharnement thérapeutique, une fillette compatissante pratique l’euthanasie.
7. Une femme jalouse (2).
« … Ceux ou celles qui prétendront ne pas être jaloux ou ne l’avoir jamais été seront les plus grands menteurs que le monde ait connus. »
Où une jeune femme offre une peau de chagrin diabolique à son mari volage.
8. L’homme qui buvait trop.
« … Elle entendait maintenant un souffle rauque se rapprocher de plus en plus. »
Où le loup-garou meurtrier ( un de plus ), dans son avatar humain est un sinistre poivrot.
9. Prisonnière informatique.
« … Je glisse !!... un clic… J’ai l’impression de ne plus être au même endroit. »
Où une souris optique ( Céline ? ) attend qu’on lui ouvre le portail de sa prison virtuelle.
10. Discussion privée.
« … Moi, je veux devenir vieille, rester brune avant d’avoir des cheveux gris, garder la couleur de mes yeux et je veux avoir des rides aussi, une poitrine qui retombe et le dos courbé par le poids de l’âge.»
Où le chat entre deux internautes nous laisse entrevoir le sombre futur de l’humanité.
11. Maudite famille.
« … La lune resplendissait et se reflétait sur le visage ridé du père accablé. »
Où un jeune loup-garou ( le dernier ) de dix-huit ans est tué par son père.
12. Le camping.
« … Ta mère a déboursé l’équivalent de six mois d’économies pour nous offrir ces « merveilleuses » vacances et il est hors de question de partir. Nous resterons une semaine complète même si cette poussière doit nous tuer… »
Ou les vacances d’une famille chez les morts-vivants.

THÈMES : LA SAUVAGERIE ET L’HORREUR.
- Les loups-garous dépècent, déchiquettent leurs victimes, mais sans être maîtres de leurs agissements. Dès qu’ils ont conscience de la malédiction qui les dénature, ils font tout ce qu’ils peuvent pour la combattre.
- Les zombies ne lâchent pas facilement leurs proies, sauf quand parmi elles, un vieillard reconnaît son petit-fils.
- Les parents monstrueux ne se satisfont pas de la mort de leur enfant terrible : c’est un châtiment sadique qu’ils lui infligent.
- Les épouses rongées par la jalousie jouent aux apprenties sorcières pour rogner les ailes de leur mari.
- Deux meurtres cependant sont commis par amour : ceux d’un arbre et d’un enfant lycanthrope.

CADRE.
- Le décor : Le plus souvent, c’est le décor banal de nos cités, centres de toiles autoroutières où l’on se fourvoie facilement. Il ne fait pas bon dévier de son itinéraire pourtant : en dehors de l’asphalte familier, la nature redevient hostile à l’homme.
- L’époque : Hier, un peu ; aujourd’hui, surtout ; demain, aussi.

COUPS DE CŒUR.
J’ai aimé chaque nouvelle de ce recueil, mais j’épingle Le dernier arbre, Discussion privée et Le camping.
- Le camping :
Une famille qui choisit d’aller camper sur le site délabré d’un ancien cimetière gardé par des zombies, ce n’est pas banal.
Un père dont l’absurde entêtement contraint sa famille écœurée à séjourner dans une gadoue pestilentielle, au bord d’une eau croupie, nauséabonde, parmi les vers qui grouillent et les cafards qui pullulent, c’est carrément dément.
Une mère qui rassemble vaillamment ses forces pour arracher ses enfants à ce cloaque immonde qu’est le seuil de l’au-delà, c’est réconfortant. Et c’est donc malgré tout sur une lueur d’espérance que se referme le recueil de Céline.
- Le dernier arbre et Discussion privée :
J’ai particulièrement goûté ces deux textes pour la prémonition du futur qui nous pend au nez si nous n’y prenons pas garde ; pour, au-delà de la parabole, la réflexion que l’auteur nous impose.
Dans Le dernier arbre, la ville tentaculaire a irrémédiablement détruit la nature.
Dans Discussion privée, le chat entre les deux internautes nous dévoile un monde normalisé, uniformisé, aseptisé où les individus sont sous surveillance perpétuelle et les rebelles au remodelage obligatoire – tant du corps que du cerveau – mis au pas ; un monde insipide et tranquille comme une mer étale. Et nul besoin d’être grand clerc pour imaginer tous ces moutons lobotomisés gardés par des chiens dressés par quelques bergers illuminés.

L’ÉCRITURE.
Céline Marsaut-Hernould écrit en bon français, et elle écrit bien. Son écriture sans fioritures est solide et plaisante. Sa phrase est aisée, limpide, vive. Pas de discours pompeux, de descriptions ni de digressions oiseuses, de jugements édifiants qui alourdiraient ou ralentiraient le récit. Préférant suggérer que décrire, sa plume trace l’essentiel sans déraper.
Comme on ne descend pas d’une rame de métro entre deux stations, on lit chaque nouvelle d’une traite, entraîné par le délire de l’auteur dans des aventures sans temps mort.

Bravo, Céline ! Pour les amateurs du genre, tes monstres sèment des cadavres exquis.

Un seul regret : la couverture. N’étant pas nyctalope, pour moi, le texte de la 4ème ne se détache pas suffisamment du fond ; et j’aurais aimé voir le nom de l’auteur et le titre de l’œuvre imprimés au dos du livre.

                                                                                                                         Christian Van Moer

 

17:15 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/10/2008

A croc - commentaire

Baudouin Boutique commente "A croc" sur son site : http://www.bandbsa.be/contes.htm

C’est un bel objet ! Une couverture qui accroche avec un titre choc, la photo d’un visage énigmatique, plongé dans l’ombre, avec un filet de sang aux commissures des lèvres, et une phrase assassine qui nous promet le pire. Je cite : « Ils peuvent être un voisin, un parent, un mari ou un inconnu séduisant. La seule issue : fuir ! »

C’est un bon début, même si je regrette un peu que le logo de Chloe des Lys n’apparaisse pas sur cette couverture. Ceci dit, on ne peut pas parler vraiment d’un livre, mais plutôt d’un opuscule, qui comprend une cinquantaine de pages, avec six nouvelles dont on devine qu’elles vont se dérouler dans le monde délicieusement effrayant des vampires.

En quelques lignes, Céline Marseaut nous transporte rapidement d’une situation banale de la vie de tous les jours (quelqu’un qui se lève, le matin… un couple allongé sur une plage…) vers une intrigue qui débouche, on s’en doute dans la panique et l’horreur. Pour notre plus grand frisson de plaisir. Ca va très vite. Une page pour décrire la scène, une autre pour définir le personnage et déjà, la machine s’emballe… On n’a pas le temps de s’embêter.

Un exemple, comme ça, pour la route…

Un jeune étudiant lit tranquillement dans son lit à la tombée du jour, puis s’aperçoit avec étonnement qu’il lit toujours clairement, alors que la pénombre a envahi la pièce. Il est devenu nyctalope… puis survient une rage de dent, terrible. Il fonce dans la salle de bain ou le miroir lui renvoie l’image d’un rictus où pointe deux longues canines… le tout en cinq pages !

Le style ? La langue ? Bon, comme tout ce qui passe le cap du comité de lecture chez Chloe des Lys. Des phrases courtes, incisives, précises qui s’enchaînent comme un scénario de film.

Voila, vous savez tout. Assez en tous les cas pour savoir si vous avez envie de commander ‘A croc’ et le lire.

18:27 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/07/2008

mondedulivre.com

monde du livre
La critique de Discussion Privée par mondedulivre.com

 

Discussion privée

Un recueil de douze nouvelles. Douze histoires simples pour ne pas dire banales qui sombrent dans la terreur et l'épouvante. Tel est le fil conducteur de «Discussion privée». Je ne lis pas ce type d’ouvrage et pourtant je l’ai apprécié. Pourquoi? Parce qu’il est rapide, d’un style efficace, les histoires se succèdent, sont différentes et ne déçoivent pas.

En bref, se crée au fil des pages une atmosphère envoûtante qui défie la raison.

Un ouvrage qui se lit rapidement et qui accrochera un large public même si comme moi, il apprécie le rationnel, parce que le but premier de tout roman est atteint : distraire et procurer un moment agréable.

Mention spéciale à trois nouvelles: «le dernier arbre» ( terreur écologique), «discussion privée», «camping» (épouvante et malaise garanties).

 

Gilles Hourdain

Discussion privée
de Céline Marseaut-Hernould
éditions Chloé des Lys, 2007
ISBN 978-2-87459-271-3, 164 pages, 16,60€
rejoindre le stand des éditions Chloé des Lys
 Pour acheter ce livre : cliquez ici

09:42 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/03/2008

Recueil collectif

Une de mes nouvelles, La consultation, a été publiée dans le recueil collectif Rendez-vous, toujours aux éditions Chloé des Lys.

rendez-vous

20:05 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/12/2007

Encre noire n°49

Une de mes nouvelles Discussion privée, tirée de mon recueil  portant le même titre, a été publiée dans le magazine littéraire Encre Noire   


encre noire couverture


En voici un extrait :

Discussion privée avec Titus 40ans – le 3 juillet

Titus >’soir

Sue >’soir

Titus > tu vas bien ?

Sue > bien et toi ?

Titus > super, la journée est finie, en vacances jusque demain.

Sue > c’est bien, profites-en.

Titus > t’es sortie aujourd’hui ?

Sue >non. Cette perruque, j’ai attrapé une allergie.

Sue >des boutons partout et si je sors sans, c’est le drame

Titus >parce que tu es brune ?

Titus >c’est dommage, j’aime bien les brunes

Sue >ah ouais ? ça fait quoi d’être le dernier de la planète ?

Titus >je ne suis sûrement pas le dernier

Sue >il faudra que tu m’en présentes alors

Titus >je ne te suffis pas ?

Sue >…

Titus >excuse-moi je ne voulais pas t’embarrasser

Sue >c’est rien

Titus >…

Sue >j’ai encore reçu un courrier aujourd’hui, c’est le troisième du mois.

Sue >encore pour me rappeler les lois sur la conformité et tu sais comme je suis loin d’être conforme

Titus >tu risques de gros problèmes si tu résistes encore, ces gars-là, ils rigolent pas avec la conformité.

Sue >je sais, mais je ne vais pas en pleurer non plus, je veux rester comme je suis et c’est tout

Titus >moi aussi j’aimerais que tu ne changes pas mais ils ne t’écouteront pas

Sue >je connaissais une fille, elle avait le même problème que moi, je lui ai parlé dans un salon

Sue >elle était rousse avec des taches de rousseur partout, elle voulait résister aux inspecteurs et à leur putain de conformité mais ils ont été les plus forts.

Sue >tous les jours, on venait lui injecter des ralentisseurs de vieillesse et on la badigeonnait de crème dégueulasse pour enlever ses taches de rousseur

Sue >on a teint ses cheveux en blond et elle doit porter des lentilles vertes, c’est incroyable, au bout d’un mois, elle était méconnaissable, elle m’a envoyé une photo d’elle avant et après.

Sue >puis il y a eu les traitements psychologiques, elle a changé totalement de personnalité au point que j’avais l’impression de parler à une inconnue

Titus >…

Sue >je ne veux pas que ça m’arrive, je préfèrerais mourir

Titus >ne parle pas comme ça, tu me fais du mal

Sue >pourtant c’est la vérité, je regarde tous les jours par ma fenêtre ce que ces salauds ont fait, et ça me dégoûte. Elles sont là comme des pantins de perfection

Sue >moi je veux devenir vieille, rester brune avant d’avoir des cheveux gris, garder la couleur de mes yeux et je veux avoir des rides aussi, une poitrine qui retombe et le dos courbé par le poids de l’âge.

Titus >et moi c’est comme ça que je te veux, même si nous devons rester cloîtrés pour le reste de nos jours.

Sue >ça fait le deuxième sous-entendu en une soirée, c’est pas sérieux !

Titus >je te demande pardon

Sue >il faut que je te laisse

Titus >on se reparle demain soir ?

Sue >peut-être, à bientôt

Titus >à bientôt.

Titus a quitté la discussion

Sue a quitté la discussion


 

11:14 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/11/2007

Discussion privée

discussion privéeMon deuxième recueil de nouvelles est disponible!

Discussion Privée - 12 nouvelles fantastiques - 163 pages

par Céline Marseaut-Hernould

aux éditions Chloé des Lys

 

13:58 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/05/2007

Bientôt deux!

La grande nouvelle est tombée ce matin, mon deuxième recueil de nouvelles est accepté. Il s'appelera Discussion privée et ce sera toujours aux Editions Chloé des Lys qui m'offrent une fois de plus leurs confiance.

10:34 Écrit par c dans Mon actu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/04/2007

Mon premier livre édité

a crocA CROC-nouvelles fantastiques

de Céline Marseaut-Hernould

aux éditions Chloé des Lys

 

"La virée":

 

La voiture filait à toute allure sur la route boueuse qui traversait les bois, avec pour seule lumière celle des phares.

- Tu ne crois pas qu’on devrait ralentir un peu, on va finir par se prendre un arbre, dit Steve au garçon qui était au volant.

- Je préfèrerais mourir en me prenant un arbre plutôt que par ce qui est derrière nous.

Steve se retourna. Il ne vit par le pare-brise arrière que le noir le plus complet.

- Tu crois qu’ils nous suivent ? demanda-t-il à Jeorge.

- Je n’en sais rien, mais ce que je sais c’est que je veux être le plus loin possible d’eux.

Jeorge avait les mains crispées sur le volant, Steve se cramponnait à son siège. Heureusement, la neige avait fondu cette après-midi. Steve rompit à nouveau le silence.

- Et où on va aller ?

- Comment veux-tu que je le sache, s’énerva Jeorge, je ne sais déjà pas où on est là. Il perdit le contrôle du véhicule tandis qu’un daim traversait la route. La voiture termina sa course dans un fossé détrempé par la neige fondue. Le conducteur enclencha la marche arrière mais les roues patinèrent, faisant pire que mieux. Il tapa sur le volant de rage et entreprit d’ouvrir la portière quand Steve lui prit le bras.

- Qu’est-ce que tu fais, Jeorge, tu ne vas pas sortir ?

- Et même que tu vas sortir avec moi, tu ne crois quand même pas que je vais tirer ce tas de ferraille de cette merde tout seul.

- Je…je ne sais pas, on pourrait peut-être attendre que le jour se lève, qu’est-ce que t’en dis...je…je suis sûr qu’ils ne nous ont pas suivis. Il y avait une panique dans sa voix. Les bois en pleine nuit n’étaient déjà pas très rassurants, la voiture lui semblait assurer leur protection. Le fait de se retrouver dehors le rendait fou. Mais Jeorge était déjà sorti et n’avait rien écouté des plaintes de son cadet. Il resta sur son siège sans bouger, pétrifié. Il sursauta quand il entendit la voix de son frère lui demander de se presser de le rejoindre nom de dieu !

Steve ouvrit sa portière les mains tremblantes. Une odeur de pins mouillés envahit ses narines. Il posa le pied sur un sol boueux et collant. Il voyait son frère à l’arrière de la voiture qui essayait inutilement de pousser le véhicule afin de le sortir de ce bourbier.

- Grouilles-toi, viens m’aider à pousser, triple crétin.

Steve avança dans la boue, ses baskets desserrées manquèrent de se dérober à plusieurs reprises comme quand on marche sur un béton frais, un bruit de succion à chaque pas. Il alla rejoindre son frère et ils poussèrent ensemble la BMW de leur père qui ne fit que glisser plus profondément dans le fossé.

- Pourquoi as-tu acheté ce char p’pa, maman voulait tant une golf, soupira Jeorge.

Il retourna alors vers l’avant, donnant un coup de pied au pare-chocs au passage. La portière était restée ouverte et il se rua à l’intérieur de la voiture. Steve le rejoignit en courant, oubliant la boue qui le faisait glisser. Un instant il crut que son frère partirait, le laissant seul, et la panique le prit de plus belle. Il regarda Jeorge fouiller dans la boîte à gants et jeter sur le sol toute sorte d’objets dont il ne soupçonnait pas la présence. Mais le temps n’était pas venu de jouer les curieux.

- Tu fais quoi ? l’interrogea Steve. Son frère ne lui répondit pas, il était toujours plongé dans ses fouilles. Il leva enfin l’objet qu’il recherchait tant, une lampe de poche à piles. Il actionna l’interrupteur de la lampe, satisfait de voir qu’elle fonctionnait encore. Il ignorait pour combien de temps mais il valait mieux ne pas se poser une telle question pour l’instant. Steve observait la lampe de poche dans les mains de son frère. Il sentit son cœur qui ne tarderait pas à sortir de sa poitrine et se mit à espérer qu’il n’avait pas compris ce que Jeorge avait l’intention de faire.

L’aîné sortit de la voiture la lampe glissée dans la poche arrière de son jean, sous les yeux effrayés de son frère de quinze ans.

- On va marcher, on perdrait trop de temps à la désembourber, faut pas traîner ici.

- On y arriverait peut-être si…si on utilisait une corde ou je ne sais pas quoi mais…

Jeorge prit son frère par les épaules, ses yeux plongés dans les siens, non plus avec colère cette fois mais en un grand frère protecteur.

- Je sais que tu as une frousse bleue mon pote et moi aussi je suis mort de trouille, on pourrait sortir la voiture de ce fossé avec une corde mais ça nous prendrait un temps fou. On va marcher vite, tu resteras près de moi et on finira par sortir de cette brousse. Mais surtout tu dois rester calme, c’est compris ?

Steve sentit son cœur battre moins rapidement, il était toujours aussi effrayé mais Jeorge était là et sa présence le rassura. Ils se mirent alors en route d’un pas rapide abandonnant la BMW de leur père. Mais celui-ci n’était pas là pour s’en plaindre.

La nuit semblait interminable tout comme les bois qui s’étendaient sans fin devant eux. La lampe à piles leur avait fait le plaisir de tenir le coup, malgré quelques faiblesses. Plusieurs fois, ils se retournèrent, le souffle court, surpris par un animal sauvage quelconque passant derrière eux, ou par le bruit du vent à la cime des arbres. Les deux frères marchaient serrés l’un contre l’autre, tremblant de tout leur corps. De peur mais surtout de froid. Ils n’avaient pas eu le temps de prendre des vêtements chauds avant leur fuite et la température frôlait la barre du zéro. Jeorge était vêtu d’un survêtement de sport, Steve d’une chemise et d’un pull en fine maille.

Après une heure de marche sans pause, ils aperçurent une lumière venant d’une cabane de bûcheron. Ils arrêtèrent leur avancée et l’observèrent.

- Tu crois qu’il y a quelqu’un là-dedans ? demanda Steve à voix basse et tremblante.

- Il y a de la lumière tu vois bien.

- J’ai l’impression d’être dans un conte pour enfants, tu sais avec cette sorcière qui attire les pauvres gosses perdus avec une maison en pain d’épices, continua le plus jeune des frères.

- Mais cette maison n’est pas en pain d’épices et les sorcières n’existent pas, lui répondit l’aîné en levant les yeux au ciel.

- Je suis prêt à croire n’importe quoi aujourd’hui.

Jeorge resta sans voix après une telle vérité de la part de son frère. Effectivement, après les évènements de cette nuit, il ne pouvait plus se permettre d’avoir ce genre de réflexion. Pour la première fois depuis leur fuite du village, il se mit à avoir vraiment la trouille.

- D’accord, on ne s’attardera pas ici. Ils entreprirent de reprendre leur route quand un homme qui devait approcher la soixantaine les surprit. Il portait des bûches de bois dans les bras et un cigare pendait à ses lèvres.

- On est perdu les gars ? Z’êtes pas fous d’vous prom’ner ainsi habillés par un froid pareil vingt dieux !

Les deux garçons eurent du mal à comprendre ce que leur disait le vieux avec ce cigare qui rendait ses paroles presque incompréhensibles. Ils restèrent pétrifiés sur place sans dire un mot, les yeux écarquillés.

- Et ben, z’êtes pas bavards, si l’cœur vous en dit, j’ai du café chaud à l’intérieur et j’pense qu’ça vous f’rez pas d’tort.

Jeorge observa le vieil homme. Il n’avait pas l’air bien effrayant, à première vue il n’y avait rien qui laissait présager quelque chose de mauvais chez cet homme.

- Nous ne serons pas contre du café monsieur, répondit finalement Jeorge. Tenant toujours ses bûches, le vieux partit devant, Steve tira le bras de son frère.

- Tu es fou, et si s’en était un ?

- Mais non, il n’y a rien à craindre, et puis on ne s’attardera pas trop longtemps, le temps de se réchauffer et on repart. Steve savait qu’une fois que son aîné avait pris une décision, rien ne pouvait le faire changer d’avis. Il obtempéra alors et le suivit vers la petite maison en bois.

A l’intérieur, une agréable chaleur s’échappait de la cheminée et il flottait dans l’air une douce odeur de café fraîchement infusé. Le vieux jeta le bois dans une caisse près du feu prévue à cet effet. Tout en ôtant son épaisse chemise de bûcheron il  se tourna vers les deux garçons qui restaient dans l’embrasure de la porte.

- Allez, restez pas là, et fermez la porte, pour qui on chauffe, pour les lapins vingt dieux ? Et faites comme chez vous, j’vous apporte deux tasses.

Les deux frères s’avancèrent dans ce qui devait être le salon. Steve ferma la porte derrière lui. La maison n’était apparemment pas fournie en électricité et la pièce n’était éclairée que par quelques bougies ici et là. Les deux garçons s’assirent dans le canapé recouvert d’une peau de daim – la tête de l’animal avait fini sur le mur en trophée de chasse -, le vieux revint avec deux grandes tasses de café fumant dans chaque main et les leur tendit.

Le liquide brûlant leur fit un bien fou et la température de leur corps remonta rapidement. Le vieillard s’assit à son tour dans un fauteuil usé et grinçant, jeta son cigare terminé dans le feu et en reprit un autre dans une petite boîte posée sur une tablette à côté de lui. Il reprit ensuite la parole rejetant la fumée épaisse.

- Alors les jeunes, qu’est-ce qu’vous faisiez dans les bois à une heure pareille ?

Jeorge répondit le premier.

- C’est une longue histoire monsieur.

- J’m’appelle Max, pas d’monsieur mon grand et j’adore les longues histoires. Z’êtes des fugueurs et vos parents vous r’cherchent, pas vrai ?

Steve baissa la tête, une larme roula sur sa joue. Son frère mit un bras autour de son épaule et reprit la parole.

- Ce n’est pas ça, nous ne sommes pas des fugueurs et nos parents…Il soupira avant de continuer, il sentit des larmes menaçant de couler mais en tant que grand frère, il se tenait de ne pas craquer.

- Nos parents sont morts ou du moins c’est tout comme, continua-t-il, ainsi que tous les habitants du village d’où nous avons fui.

Le vieux posa son cigare dans le cendrier, se redressa sur les accoudoirs du fauteuil comme pour mieux entendre le garçon.

- Qu’est-ce que c’est qu’cette histoire. Tu t’moques de moi garçon ?

- C’est complètement fou mais je ne vous mens pas. Mon frère et moi avons dû nous échapper de ce lieu maudit, notre voiture s’est embourbée plus loin dans les bois et nous avons marché une heure jusqu’ici. Jeorge haussa la voix peu à peu : vous croyez vraiment que ce serait par plaisir qu’on se serait gelé les billes ?

Le vieux regardait Jeorge en silence, ne sachant que dire ou simplement quoi penser.

- On était partis deux jours mon frère et moi, un stage de ski avec un groupe de jeunes. Quand on est rentré dans l’après-midi, il n’y avait personne dans le village, les volets étaient fermés partout, les magasins n’avaient pas ouvert de la journée, c’était complètement désert. Nos parents aussi avaient disparu. Tout s’était passé durant notre absence. Le soir venu, ils se sont tous réveillés.

Jeorge se mit à trembler en continuant son récit, il serrait son frère en larmes de plus en plus fort contre lui. Nos parents s’étaient enfermés tous les deux dans le grenier à l’abri de la lumière du jour, pour…dormir, et ils…ils ont essayé de nous faire devenir comme eux, mais nous avons réussi à leur échapper. Mon dieu, c’était horrible, tous…ils avaient tous la peau si blanche, comme des cadavres, et ce sourire hideux sur leurs visages. Tous les habitants du village avaient été touchés par la même malédiction et nous étions seuls. Par chance, notre père avait laissé les clés dans la voiture, sans cela nous…

Le vieux qui avait écouté avec attention le récit du jeune garçon se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil.

- Bon dieu de bon sang lâcha-t-il dépassé par ce qu’il venait d’entendre. Qu’est ce qu’tu m’racontes là p’tit, jamais entendu pareille histoire.

- C’est pourtant la vérité monsieur, aussi folle soit-elle.

Le vieux se leva et alla près de la fenêtre les mains croisées derrière le dos.

- C’est pas croyable, s’exclama-t-il, pas croyable du tout.

- Vous devez nous croire monsieur, fit Steve entre deux sanglots, mon frère ne vous a pas menti, il faut faire quelque chose.

Max se retourna vers eux se lustrant nerveusement la barbe entre les doigts.

- J’voudrais bien vous aider mais, on est loin de tout ici, le téléphone le plus proche est à une vingtaine de kilomètres et à cette heure-ci, ce s’rait le casse pipe de s’aventurer dehors, on voit pas à un mètre et avec ce froid…

Steve se leva alors brusquement ;

- Alors on va rester sans rien faire à attendre que ces salauds viennent nous retrouver jusqu’ici ? Tout ça parce qu’un vieux schnock n’est même pas capable de faire installer l’électricité dans sa cabane pourrie. L’homme resta sans un mot devant le jeune garçon et retourna près de la fenêtre contemplant l’extérieur. Jeorge alla le rejoindre.

- Il est effrayé et épuisé, il ne faut pas lui en vouloir. Je le suis autant que lui mais j’arrive à mieux gérer.

- J’comprends ça p’tit, j’suis navré de pouvoir rien faire. Mais j’peux tout d’même vous offrir un bon lit bien chaud, demain on verra c’qu’on peut faire. J’pense qu’vous risquez rien ici, j’ai pas l’impression qu’on vous ait suivi, mais j’peux monter la garde pour cette nuit.

- Merci beaucoup Max.

- De rien p’tit.

Une heure plus tard, Steve s’était endormi dans le canapé. Jeorge le transporta à l’étage dans la chambre du vieillard qu’il leur prêta pour la nuit. Le lit était assez grand pour y accueillir les deux frères.

Jeorge s’endormait lorsque son frère se leva.

- Où vas-tu ? lui demanda-t-il.

- Il faut que j’aille aux toilettes, lui répondit Steve encore à moitié endormi.

Le garçon sortit de la chambre et referma doucement la porte derrière lui. Jeorge s’endormit alors profondément.

Les premiers rayons du soleil passaient par l’étroite fenêtre de la chambre. Jeorge ouvrit les paupières, ébloui par la lumière dans ses yeux mi-clos. A ses côtés, le lit était vide. Il faisait froid dans la pièce et la chair de poule recouvrit tout son corps quand il repoussa les couvertures. Il enfila son pantalon de toile et ses baskets, prit son survêtement qu’il avait laissé au bout du lit et sortit de la chambre en bâillant. La maison était d’un calme étrange. Il descendit l’escalier en bois, le plancher grinça sous ses pieds. La pièce où ils avaient bu leur café quelques heures auparavant était vide.

- Steve, Max, appela-t-il. Aucune réponse. Il y avait une porte ouverte de l’autre côté de la pièce, la cuisine certainement. Jeorge y pénétra. Les deux tasses étaient posées sur le plan de travail près de l’évier. La cuisine de leur maison était toujours pleine de vaisselle ou de paquets alimentaires en tout genre, ici elle était vide de toute présence quotidienne. Une épaisse couche de poussière recouvrait les armoires et la table qui la meublaient. Jeorge appela de nouveau le nom de son frère et du vieillard. Le silence était toujours aussi assourdissant.

Le garçon resta sans bouger au milieu de la pièce. Il était seul, l’homme avait disparu et son frère aussi. Avant de sortir de la cuisine, il remarqua sur la table des traces de pas dans la poussière. Au dessus d’elle, au plafond, une trappe menant à un grenier.

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